Dans le domaine des arts dits premiers, la relation entre un marchand et un collectionneur est absolument primordiale. Comme le rappelait Bondaz en 2015, « la confiance est un élément central dans la relation qui s’instaure: l’authenticité des objets repose avant tout sur l’expertise du vendeur et les collectionneurs doivent suffisamment lui faire confiance. » Toutefois, certains individus, animés davantage par l’appât du gain que par la passion, usent de mécanismes douteux afin d’enrichir le pedigree de leurs pièces.
Ainsi, le discours de ce personnage et la mise en scène de l’objet qu’il propose jouent inéluctablement dans la construction de « l’authenticité ». La valeur d’une pièce est trop souvent fonction de la célébrité de tel collectionneur ou tel missionnaire. Tandis que son histoire, son identité et sa provenance géographique deviennent des éléments secondaires.
Cette pratique, très répandue dans le milieu, est reprise de façon malhonnête par certains vendeurs, sur des sites d’enchères ou de vente. Pensez-y, combien de fois avez-vous trouvé la provenance d’une pièce douteuse ? Combien de fois avez-vous tapé le nom de tel, soi-disant célèbre collectionneur, dans la barre de recherche de Google, sans succès ? Anne-Marie Bouttiaux, chargée de recherche ethnographique au musée de l’Afrique Centrale de Tervuren depuis 1979, l’évoquait d’ailleurs en 2016. Elle décrit le pedigree comme « parfois totalement artificiel ou inventé ».
Ce microcosme de fraudeurs a compris les rouages du marché de l'art africain et s’en sert à des fins cupides. Plusieurs pratiques sont à relever et vous pouvez aisément les repérer :
- Élaboration d’un pedigree inexistant. Par exemple, l'utilisation du nom d'une personne qui porte le même nom qu'un collectionneur réputé ou un galeriste connu, mais en y ajoutant un prénom différent. En faisant des recherches le concernant sur le web, vous trouvez le collectionneur ou le galeriste, mais si vous y ajoutez le prénom vous ne trouvez plus personne. Parfois, le collectionneur est simplement présenté comme un expert reconnu de l'art africain, or, il n'en est rien.
Estimation très haute d’un expert inconnu : le vendeur vous propose la pièce à un prix très bas, il s’agirait ainsi d’une véritable affaire en or, étant donné l’estimation faite par un soi-disant expert qui de surcroît n'a pas eu l'objet entre les mains (exemple: objet estimé par cet "expert" à 5.000 - 6.000 euros et finalement proposé et vendu à 450 euros sur des sites d'enchères ou de vente). Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi un vendeur offrirait une pièce si exceptionnelle à un tel prix ? Nos lecteurs nous ont par ailleurs alertés sur certains sites de ventes aux enchères où les estimations, en matière d'art africain, sont considérablement gonflées. Lorsque vous choisissez un site d'enchères, n'hésitez pas à vous renseigner avant l'achat d'une pièce, par exemple en consultant 60 millions de consommateurs, qui reprend de nombreuses expériences clients.